[Lien universitaire] Les proto-samaritains ("en pays Hébreu")
(bon, là, ce n' est pas un vrai lien mais le résumé d' un article)
Les proto-samaritains
Extrait de l' article "Des Samariens au bon Samaritain
ou le plus petit groupe ethnico-religieux"d'Ursula Schattner-Rieser
Chargée de cours d’araméen et de grammaire comparée des langues sémitiques à l’ELCOA de l’Institut catholique de Paris. Chargée de conférences d’ "Hébreu qumrânien et dialectes araméens des premiers siècles" à l'École pratique des hautes études en Sorbonne.
(...)
L'importance de la Samarie préroyale
L'histoire politique et religieuse du peuple hébreu de la période préroyale se déroule essentiellement au nord de la Palestine. Géographiquement, la Samarie se démarque des rochers et de la stérilité de Juda par des terres verdoyantes avec bien des vallées fertiles. À la différence de la Judée, la région est facile d'accès par ses vallées qui s'ouvrent sur le monde extérieur au nord et à l'ouest. Atout qui a sans doute favorisé les influences de cultes divers.
La Samarie fut la première étape d'Abraham après son départ de Haran (~ XIXe siècle). Il y aurait construit des autels à Sichem, lieu saint situé entre les monts Ebal et Garizim et à l'est de Béthel. C'est là que Dieu aurait promis le pays à sa descendance. Le Patriarche Jacob (~ XVIIe siècle) fit l'expérience à Pénouél d'une étrange lutte avec un être mystérieux (Gn 32, 25-26). À Béthel, il eut une vision dite de « l'Échelle de Jacob » et y éleva une stèle (Bn 28, 12). À Sichem, il érigea un sanctuaire qu'il nomma « El [est] le Dieu d'Israël » (Gn 33, 20). La terre reçut sa consécration grâce au tombeau de Joseph.
Au XIIe siècle av. J.-C., lors de leur entrée en Terre Promise sous Josué, les tribus pénétrèrent dans les hautes terres d'Ephraïm avec, comme objectif, Sichem qui abritera l'Arche de l'alliance (Jos 1-9). Sur les montagnes Ebal et Garizim, les nouveaux arrivants nouèrent leur première alliance formelle avec YHWH (Jos 8,30 et Dt 27). Les Actes des Apôtres (7, 16) perpétueront la tradition selon laquelle les douze Patriarches y furent enterrés.
Plus tard la Samarie est encore la terre des grands Juges, celle de Gédéon, celle de Samuel et de Saül, celle aussi des prophètes Élie et Élisée : c'est la terre d'Israël qui grouille de sanctuaires marquant les apparitions de YHWH, alors que le Sud ne possède que peu de sites sacrés dont Hébron, Beersheva et la très récente ville sainte de Jérusalem, jadis jébuséenne. Hormis les épisodes marqués par David et Salomon, c'est le nord qui occupe le devant de la scène biblique, avec une richesse historique, prophétique et littéraire contrastant avec la modestie du sud. Ceci jusqu'à la chute de Samarie.
La fin du royaume unifié
La séparation entre le nord et le sud ne constitue qu'une étape dans l'éloignement progressif, qui commença déjà à l'époque de David au début du Xe siècle av. J.-C. avec le transfert de l'Arche de l'alliance de Silo – en territoire d'Ephraïm – vers le Sud, dans la nouvelle capitale de la nation d'Israël : Jérusalem. On assiste déjà à des rivalités tribales et des luttes religieuses qui déboucheront finalement sur le schisme.
À David, qui régna sur les douze tribus, succède Salomon. Après sa mort en 932, le jeune royaume unifié est partagé entre son fils Roboam et Jéroboam, chef des Ephraïmites. Roboam, roi de Judah, règne sur deux tribus, tandis que Jéroboam, roi d'Israël, règne sur dix tribus. Omri (876-869), le sixième roi d'Israël, achète à Shemer une colline sur laquelle il fonde sa capitale : Samarie.
La déportation de 722 av. J.-C. et la chute de Samarie
En 722, la Samarie est attaquée par Sargon II (721-727). Le royaume du Nord est anéanti ; une partie de sa population est déportée et remplacée par l'implantation de populations étrangères en Samarie, en provenance d'Ava, de Hamath, de Sepharwaim et de Cutha (2 Rois 17, 24), ce qui a fait désigner les Samaritains, dans la littérature postbiblique, sous le nom de Cuthéens.
Ces colons apportèrent leur propre culte, c'est-à-dire que chaque nation se fit son propre dieu (2 Rois 17, 29), car « ils ne connaissaient pas la façon d'honorer le dieu du pays » (2 Rois 17, 26). C'est alors que le dieu du pays envoya des « lions » contre ces païens. Par la suite, le roi d'Assyrie donna l'ordre de faire revenir un des prêtres de Samarie qu'on avait déportés, afin de leur enseigner la façon d'honorer le dieu du pays (2 Rois 17, 27).
Le mélange des deux populations aurait eu pour conséquence un syncrétisme religieux entre le culte de YHWH et celui des idolâtres. Il n'y avait toutefois pas de scission religieuse totale entre le nord et le sud, car selon 2 Chr, 30, les gens du nord venaient fêter la Pâque à Jérusalem sous Ezéchias (716 à 687) et on s'y rendait encore pour prier (Jr 41, 4-5), même après la chute de Jérusalem et du royaume du Sud en 587 avant J.-C. Ceci pour dire que la religion de YHWH a donc survécu.
Le retour des exilés juifs
Le conflit entre le nord et le sud s'enflamma de nouveau au retour, après 538 av. J.-C., des exilés judéens de Babylone, lorsque les gens du pays qui ne connurent pas l'exil proposèrent leur aide pour la reconstruction du Temple et la capitale juive, Jérusalem. Ils furent repoussés par les chefs des rapatriés judéens (Esd 4, une seconde. Néh 2, 20). Alors les « ennemis » de Juda et de Benjamin empêchèrent la reconstruction du Temple (Néh 4,1-5). Le récit biblique ne permet pas d'identifier les « ennemis » comme étant des Samaritains.
Les exilés Judéens de Babylonie développèrent entre temps leur propre idéologie. Ainsi ils condamnèrent les mariages mixtes et exclurent par conséquent, comme n'appartenant plus au holy seed, à la « sainte postérité », tous ceux qui n'avaient pas été en exil. Trois personnages symbolisaient, selon eux, le monde hostile : Toviya, Guéshem et Sanballat (Néhémie 2, 19). Toviya qui appartenait pourtant à la noblesse judéenne fut exclu, étant donné que sa famille n'avait pas subi l'exil. Guéshem, chef arabe des tribus méridionales de la Judée, devint leur pire ennemi, du fait qu'il continuait ses activités commerciales durant le Sabbat. Quant à Sanballat, c'était un Samaritain qui avait rempli la fonction de gouverneur de Samarie durant la domination perse.
(...)
Extrait de l' article "Des Samariens au bon Samaritain
ou le plus petit groupe ethnico-religieux"d'Ursula Schattner-Rieser
Chargée de cours d’araméen et de grammaire comparée des langues sémitiques à l’ELCOA de l’Institut catholique de Paris. Chargée de conférences d’ "Hébreu qumrânien et dialectes araméens des premiers siècles" à l'École pratique des hautes études en Sorbonne.
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L'importance de la Samarie préroyale
L'histoire politique et religieuse du peuple hébreu de la période préroyale se déroule essentiellement au nord de la Palestine. Géographiquement, la Samarie se démarque des rochers et de la stérilité de Juda par des terres verdoyantes avec bien des vallées fertiles. À la différence de la Judée, la région est facile d'accès par ses vallées qui s'ouvrent sur le monde extérieur au nord et à l'ouest. Atout qui a sans doute favorisé les influences de cultes divers.
La Samarie fut la première étape d'Abraham après son départ de Haran (~ XIXe siècle). Il y aurait construit des autels à Sichem, lieu saint situé entre les monts Ebal et Garizim et à l'est de Béthel. C'est là que Dieu aurait promis le pays à sa descendance. Le Patriarche Jacob (~ XVIIe siècle) fit l'expérience à Pénouél d'une étrange lutte avec un être mystérieux (Gn 32, 25-26). À Béthel, il eut une vision dite de « l'Échelle de Jacob » et y éleva une stèle (Bn 28, 12). À Sichem, il érigea un sanctuaire qu'il nomma « El [est] le Dieu d'Israël » (Gn 33, 20). La terre reçut sa consécration grâce au tombeau de Joseph.
Au XIIe siècle av. J.-C., lors de leur entrée en Terre Promise sous Josué, les tribus pénétrèrent dans les hautes terres d'Ephraïm avec, comme objectif, Sichem qui abritera l'Arche de l'alliance (Jos 1-9). Sur les montagnes Ebal et Garizim, les nouveaux arrivants nouèrent leur première alliance formelle avec YHWH (Jos 8,30 et Dt 27). Les Actes des Apôtres (7, 16) perpétueront la tradition selon laquelle les douze Patriarches y furent enterrés.
Plus tard la Samarie est encore la terre des grands Juges, celle de Gédéon, celle de Samuel et de Saül, celle aussi des prophètes Élie et Élisée : c'est la terre d'Israël qui grouille de sanctuaires marquant les apparitions de YHWH, alors que le Sud ne possède que peu de sites sacrés dont Hébron, Beersheva et la très récente ville sainte de Jérusalem, jadis jébuséenne. Hormis les épisodes marqués par David et Salomon, c'est le nord qui occupe le devant de la scène biblique, avec une richesse historique, prophétique et littéraire contrastant avec la modestie du sud. Ceci jusqu'à la chute de Samarie.
La fin du royaume unifié
La séparation entre le nord et le sud ne constitue qu'une étape dans l'éloignement progressif, qui commença déjà à l'époque de David au début du Xe siècle av. J.-C. avec le transfert de l'Arche de l'alliance de Silo – en territoire d'Ephraïm – vers le Sud, dans la nouvelle capitale de la nation d'Israël : Jérusalem. On assiste déjà à des rivalités tribales et des luttes religieuses qui déboucheront finalement sur le schisme.
À David, qui régna sur les douze tribus, succède Salomon. Après sa mort en 932, le jeune royaume unifié est partagé entre son fils Roboam et Jéroboam, chef des Ephraïmites. Roboam, roi de Judah, règne sur deux tribus, tandis que Jéroboam, roi d'Israël, règne sur dix tribus. Omri (876-869), le sixième roi d'Israël, achète à Shemer une colline sur laquelle il fonde sa capitale : Samarie.
La déportation de 722 av. J.-C. et la chute de Samarie
En 722, la Samarie est attaquée par Sargon II (721-727). Le royaume du Nord est anéanti ; une partie de sa population est déportée et remplacée par l'implantation de populations étrangères en Samarie, en provenance d'Ava, de Hamath, de Sepharwaim et de Cutha (2 Rois 17, 24), ce qui a fait désigner les Samaritains, dans la littérature postbiblique, sous le nom de Cuthéens.
Ces colons apportèrent leur propre culte, c'est-à-dire que chaque nation se fit son propre dieu (2 Rois 17, 29), car « ils ne connaissaient pas la façon d'honorer le dieu du pays » (2 Rois 17, 26). C'est alors que le dieu du pays envoya des « lions » contre ces païens. Par la suite, le roi d'Assyrie donna l'ordre de faire revenir un des prêtres de Samarie qu'on avait déportés, afin de leur enseigner la façon d'honorer le dieu du pays (2 Rois 17, 27).
Le mélange des deux populations aurait eu pour conséquence un syncrétisme religieux entre le culte de YHWH et celui des idolâtres. Il n'y avait toutefois pas de scission religieuse totale entre le nord et le sud, car selon 2 Chr, 30, les gens du nord venaient fêter la Pâque à Jérusalem sous Ezéchias (716 à 687) et on s'y rendait encore pour prier (Jr 41, 4-5), même après la chute de Jérusalem et du royaume du Sud en 587 avant J.-C. Ceci pour dire que la religion de YHWH a donc survécu.
Le retour des exilés juifs
Le conflit entre le nord et le sud s'enflamma de nouveau au retour, après 538 av. J.-C., des exilés judéens de Babylone, lorsque les gens du pays qui ne connurent pas l'exil proposèrent leur aide pour la reconstruction du Temple et la capitale juive, Jérusalem. Ils furent repoussés par les chefs des rapatriés judéens (Esd 4, une seconde. Néh 2, 20). Alors les « ennemis » de Juda et de Benjamin empêchèrent la reconstruction du Temple (Néh 4,1-5). Le récit biblique ne permet pas d'identifier les « ennemis » comme étant des Samaritains.
Les exilés Judéens de Babylonie développèrent entre temps leur propre idéologie. Ainsi ils condamnèrent les mariages mixtes et exclurent par conséquent, comme n'appartenant plus au holy seed, à la « sainte postérité », tous ceux qui n'avaient pas été en exil. Trois personnages symbolisaient, selon eux, le monde hostile : Toviya, Guéshem et Sanballat (Néhémie 2, 19). Toviya qui appartenait pourtant à la noblesse judéenne fut exclu, étant donné que sa famille n'avait pas subi l'exil. Guéshem, chef arabe des tribus méridionales de la Judée, devint leur pire ennemi, du fait qu'il continuait ses activités commerciales durant le Sabbat. Quant à Sanballat, c'était un Samaritain qui avait rempli la fonction de gouverneur de Samarie durant la domination perse.
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