Avant d'aborder les aspects purement militaires (d'ailleurs propres à chaque nation), il convient de présenter le char comme symbole. Le char est tout d'abord un symbole de richesse. Il coûte cher à la construction et à l'entretient. L'exemplaire du char de Thoutmosis( ?) conservé en Italie est fabriqué à partir d'essence de bois provenant d'Egypte (pour le timon ) et d'importation (de l'orme pour l'essieu) . L'achat de bois à l'extérieur de l'Egypte nécessite des investissements importants que seul le pharaon pouvait se permettre
L'entretien des chevaux est extrêmement consommateur. D'après Stuart Piggott, sur des bases romaines, 4 hectares sont nécessaires pour nourrir un équipage de 2 chevaux durant un an (Ce qui donnerait près de 20 000 Hectares rien que pour les 5000 chars de la batailles de Qadesh). Et ce sans compter les investissements nécessaires au dressage des chevaux. Les hittites nous ont laissé un manuel de dressage strict comprenant exercices et régimes spéciaux montrant toute la difficulté de dresser des chevaux . Ce manuel est encore utilisé de nos jours.
A ces coûts purement matériels, il faut également ajouter les coûts relatifs à l'entraînement des équipages humains. Le maniement d'un char n'est pas aisé et nécessite un entraînement sérieux pour le manœuvrer. Souvent, le char est donc l'apanage de nobles. Chez les Egyptiens des textes montre des soldats anoblis en devenant conducteur de char. Chez les Ungarit, les guerriers de la charrerie reçoivent du roi une terre à exploiter.
Toutes ces indications montre que le char coûte cher. L'entretien d'une force de cavalerie sera réservée à l'élite des peuples (on peut le comparer aux chevaliers du moyen age par exemple). On comprend donc aisément pourquoi le char est devenu symbole de puissance. Il le restera d'ailleurs longtemps après que la cavalerie aura définitivement supplanté la charrerie. http://www.kikkulimethod.com/
Le char est apparu pour pouvoir palier aux défauts de la cavalerie. A l'age du bronze, les éperons, les fers et les selles n'existent pas ou sont très primitives. Les rennes et guides sont rudimentaires. Dans ces conditions, il devient difficile de diriger le cheval tout en tirant à l'arc ou en maniant la lance et l'épée. A cela il faut ajouter que les chevaux de l'époque sont relativement petits. Un cheval devait mesurer de 1,20 m à 1,45 m, c'est-à-dire de la taille d'un gros poney actuel. On peut alors imaginer la difficulté qui existe de combattre et de diriger un cheval. La solution à ces problèmes ne sera trouvée que par les Assyriens au 8° siècle AJC.
Les chars sont donc conçus pour permettre d'utiliser la force et la vitesse du cheval, tout en permettant à des soldats de combattre sur une plateforme stable. On peut donc facilement imaginer les utilisations possibles de tels engins : ils sont identiques à ceux de la cavalerie. Les différentes reconstitution d'après les dessins montrent que ces chars sont extrêmement stable, même si le cheval ne peut pas aller au gallot et donc que sa vitesse n'est pas exploitée à 100%.
L'utilisation du char dans les batailles est sujette à de nombreuses controverses. Comment peut on utiliser les chars ? En partant de l'hypothèse que les chars ont les mêmes utilisations que la cavalerie. En voici la liste :
• Archers/tireurs montés: permet de décocher rapidement des flèches avant de s'éloigner pour revenir ensuite (comme les parthes ou les archers turcomans)
• Cavalerie de poursuite : cavalerie légère qui permet de rattraper et d'éliminer les fuyards
• Cavalerie de rupture : cavalerie privilégiant le contact, chargeant dans les rangs adverses pour les rompre (exemple chevaliers français)
• Infanterie montée : les soldats se déplacent a cheval pour poser le pied à terre dès qu'il arrive à proximité de l'ennemi (exemple les hoplites montés)
Si la première tactique fait l'unanimité, ce n'est pas le cas des suivantes et plus particulièrement de l'utilisation du char comme élément de rupture. En fait les tactiques vont varier d'un empire à l'autre
(synthèse ci dessus réalisée par Poulppy (http://gantsblancs.blogspot.com/)
Quelques remarques complémentairesde Rémi :
- infanterie montée : hors le cas des accompagnateurs de chars, ce rôle est dévolu à des charettes et non pas des chars (cf. assyriens).
- cavalerie de poursuite (et de reconnaissance ?), c'est effectivement le cas pour les chars légers...
- cavalerie de rupture, là effectivement le débat reste ouvert ne serait-ce qu'en revenant sur le coût du char ainsi que sur les écrits existants plus particulièrement sur les chars grecs (armure dendrique etc...)
Quelques remarques complémentaires de Ra-Deg:
- on peut préciser qu'un cheval non ferré ayant le pied fragile, le galop peut être dangereux ...
- pour le rapport prix j'ai 1 char = 40 chevaux ...
- les chevaux sont non seulement petits au garrot mais leur encolure est étroite ce qui complique les possibilités de fixation